Google veille sur nous ou l’impossible anonymat
Par Anne-Lise, lundi 30 octobre 2006 à 11:55 :: Horizons :: #59 :: rss
Je possède quelque part sur le web un blog-défouloir rempli de fautes d'orthographe et de coquilles. Un blog sous plateforme Blogger, propriété de Google. Comme tant d’internautes, j'y utilise un pseudonyme, dissimulant mon identité véritable autant à Blogger qu’aux visiteurs. Un jour, j’ai voulu tester les Google Adwords sur ce blog "infâme". J'ai interrompu mon geste lorsque Google m'a demandé d'autoriser Blogger à gérer mes petites affaires.
Passer un contrat avec Google, c’était déjà concéder pas mal de transparence, mais là, je devais complètement renoncer à l'anonymat vis-à-vis de Blogger : "on" devait pouvoir accéder à ma véritable identité, mon adresse physique, mes recettes commerciales...
De toute façon, me suis-je dit, Google a peut-être déjà cafté à Blogger tout ce qu’il savait de moi, après avoir analysé mon courrier sur gmail, et pourquoi pas mon agenda en ligne, mes albums photos, mon carnet d’adresses, etc…
Difficile d’accorder une confiance aveugle à un groupe toujours plus puissant. Adam L. Penenberg exprime cette crainte dans le Courrier International (n° 833 - 19 oct. 2006): Google pourrait disposer de données concernant les utilisateurs grâce aux renseignements fournis lors de l’utilisation de ses différents services, à commencer par le moteur de recherche. D'aucuns rappellent que posséder ce type de renseignements à grande échelle, c'est posséder le pouvoir. D'autres évoquent l’œil omniprésent et omniscient de Big Brother.

Si on ajoute à cette dimension omnisciente, l'existence de fondations à but non lucratif, on peut également s’amuser à rapprocher l'empire Google des entreprises paternalistes du XIXème siècle.
Google, dont la devise est Don’t be evil, est impliqué dans diverses entreprises philanthropiques : un fonds pour les entreprises engagées dans la lutte contre la pauvreté, une société de business solutions contre la pauvreté en milieu rural, une autre luttant contre l'illettrisme en Inde...
Du temps où la protection sociale des individus ne dépendait pas de l'état, mais du patron, les destins de familles entières se jouaient selon le bon ou le mauvais vouloir de celui-ci. Le patron s'occupait bien sûr de la paie, mais aussi du logement des familles, de l'éducation des enfants, en échange de la soumission des individus aux valeurs morales et politiques de l'entreprise.
On peut défendre le rôle social des entreprises, en ces durs temps de crise. Un bon petit pragmatisme est moins effrayant qu'une idéologie du tout ou rien. Mais quand les bonnes intentions sont le fait d'une société privée, ce n’est jamais sans contrepartie, puisque par essence, ladite société doit avant tout protéger des intérêts privés. Le jour où ces intérêts ne sont plus compatibles avec les vôtres, attendez-vous peut-être à ne pouvoir plaider aucun argument en votre faveur.
Je ne fais pas partie des 6500 employés de Google, ni, finalement, de ses partenaires commerciaux. Donc je n'ai rien à craindre de Google. Je peux demain boycotter la marque, en dire du mal… Normalement, il ne devrait rien m’arriver.
Tiens, c’est curieux, cette absence totale de trafic sur mon blog, depuis quelques minutes…


Commentaires
1. Le lundi 30 octobre 2006 à 13:21, par titlap
2. Le lundi 30 octobre 2006 à 13:44, par trashdotcom
3. Le lundi 30 octobre 2006 à 13:50, par Manu
4. Le lundi 30 octobre 2006 à 15:17, par Numero6
5. Le lundi 30 octobre 2006 à 15:24, par Anne-Lise
6. Le lundi 30 octobre 2006 à 18:31, par MiKE
7. Le mardi 31 octobre 2006 à 10:02, par Anne-Lise
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