Les cultures françaises et américaines de l'ergonomie, discipline dont l’utilisabilité et l’accessibilité du web sont issues, se sont développées différemment en France et aux Etats-Unis. Entre ici et là-bas, la méthode et la philosophie divergent. Nous avons pourtant des bras, une tête et des jambes tout pareil, me direz-vous! Oui, mais nous avons des histoires différentes.

D'un côté de l'Atlantique, l'ergonomie s'est d’abord appliquée aux choses concrètes de la guerre, au design des cockpits par exemple. De l'autre côté de l’océan, chez nous, la discipline s'est construite autour de la notion de travail. Tandis que les pragmatiques américains aiment se pencher sur les cas de figure autonomes, les scientifiques français étudient les choses dans leur contexte, dans des systèmes ne pouvant se réduire à des cas indépendants – une interface web par exemple.

Du coup, je reçois dans ma boîte à courriel des brèves (américaines) directement opérationnelles, des "morceaux" d'ergonomie. Très américain aussi, le lien immédiat entre le savoir et le business : c'est évident avec Nielsen, dont la notoriété est le fruit d'une démarche à la fois scientifique et commerciale.

Logiquement, le désintéressement scientifique maintient les spécialistes français dans la confidentialité des amphithéâtres et des publications universitaires. Ajoutez à cela qu'en ce qui concerne le web, tout vient d'abord des Etats-Unis, et vous comprendrez mieux pourquoi on parle des uns... Et moins des autres.